Bonjour à tous et toutes,

Voici l’article du jour :

Les Couleuvres Scientifiques – Le médium Miller et M. de Vesme, publié par Papus le numéro 03 de l’année 1908, Volume 81, 22e Année, de la revue l’Initiation.

Bonne lecture 🙂

Les Couleuvres Scientifiques
Le médium Miller et M. de Vesme

Je m’étais bien douté que la question Miller ferait couler beaucoup d’encre, et j’ai lu avec un certain plaisir l’article que M. de Vesme consacre à Miller dans le numéro de Septembre-Octobre des Annales des Sciences Psychiques.

C’est une exécution en règle.

Pour M. de Vesme, Miller n’est pas du tout médium et c’est un simple prestidigitateur.

Je comprends encore l’opinion mixte qui prétend que des médiums à l’ètat de fatigue peuvent quelque-fois se laisser aller à la fraude, mais donnent parfois des faits absolument réels. Pour M. de Vesme, c’est bien plus simple. Tout est truqué, et si les autres se laissent tromper, il n’en est pas de même de lui. On ne le trompe pas. Et il fournit l’explication des trucs du médium.

Cette explication est du reste enfantine, et elle ne tient aucun compte des faits embarrassants. Nous avons cru avoir affaire à un médium et on nous a fourni un escamoteur qui ferait fortune dans les salons. Pour le prix que cela a pu coûter à M. de Vesme, cela doit peu l’émouvoir.

Mais comme toutes les opinions sont respectables, surtout celles de ceux qui ne sont pas de votre avis, je vais à mon tour discuter quelques expériences, au sujet desquelles les explications fournies par M. de Vesme ne me semblent pas claires et surtout pas scientifiques. J’ai la prétention, exagérée peut-être, d’avoir fait de la science expérimentale et c’est le peu que j’ai appris à ce sujet que je voudrais opposer aux arguments du docteur de Vesme.

Pour ce critique, tous les phénomènes sont produits par Miller sans aucune intervention de l’Au-delà. La demi-obscurité permet de tout simuler au moyen de tulle.

Tous les fantômes sont formés de tulle et Miller s’enveloppe de ce tulle pour simuler les matérialisations qui circulent et qui se montrent de près aux assistants.

Telle est la thèse de M. de Vesme. Étudions-la de notre mieux… La première objection faite à cette thèse est celle de la séance de contrôle où M. de Vesme était un des quatre contrôleurs. C’est même lui, si je suis bien informé, qui a insisté pour qu’on visite le médium dans ses parties les plus intimes.Or rien n’a pu révéler une fraude quelconque.

Le cabinet n’était pas truqué, le médium n’avait pas de tulle sur lui. Eh bien, c’est très simple. On lui a passé une boule de tulle, de l’assistance, et il l’a repassée sans doute de même au compère qui l’aidait dans cette fameuse séance de contrôle.

Si ce fait s’est produit, cela indique une bien mauvaise surveillance de la part des contrôleurs qui avaient pris soin de ne laisser personne approcher le médium.

C’est à se demander si ce n’est pas M. de Vesme lui-même qui aurait été le compère, car, à ma connaissance, c’est le seul des quatre contrôleurs dont je me méfierais, tant il est connu que la négation des phénomènes les plus simples est la joie de M. de Vesme. Mais un examen plus sérieux de la question va nous permettre de voir que M. de Vesme est innocent et que son objection est, du moins dans sa forme actuelle, aussi innocente que lui-même.

En effet, M. de Vesme a seulement négligé une petite expérience préalable qui aurait frappé des cerveaux d’hommes habitués aux expériences scientifiques.

A un moment de sa séance, en effet, Miller fait apparaître trois ou quatre personnages. Ils parlent ou ils font semblant de parler et ils saluent alternativement et souvent simultanément l’assistance. A ce moment, les rideaux sont relevés.

Chacun des personnages apparaissant est revêtu de tulle illusion. On voit ces personnages en entier et ils remuent en saluant.

Tel est le phénomène de l’apparition d’Effie Dine et Kary West, si je me souviens des noms.

Je vais, pour un moment, me rallier à la thèse de M. de Vesme et supposer que tout est truqué dans cette expérience. Je vais même faire ce que n’a pas fait M. de Vesme, je vais me préparer à reconstituer cette expérience pour mieux l’étudier, suivant en cela les règles de la science de laboratoire la plus élémentaire.

Nous disons donc :

1° Le tulle nécessaire pour trois apparitions simultanées, en y comprenant ce qu’il faut pour envelopper le gros corps de Miller, soit 2 m. 50 de tulle pour Miller et 1 m. 50 pour chaque apparition collée aux rideaux, soit 5 m. 50 de tulle pareil à l’échantillon possédé, paraît-il, par quelques assistants.

Maintenant, il faut faire saluer les apparitions en même temps que le ventriloque crie : Can you see me.

Or, pour faire saluer les apparitions pendant que le médium se tient à leur extrême droite, il faut un organe de transmission de la longueur du cabinet. Mettons 80 centimètres.

Il faut aussi une autre tige maintenant le mannequin droit sur la tige horizontale. Cette tige doit être à deux exemplaires et avoir, par pièce, environ 20 centimètres de hauteur.

Cela nous donne :

Une tige de 80 centimètres pouvant télescoper au besoin et deux tiges de 20 centimètres.

Il faut ajouter encore quelques petites lampes électriques ou quelques centimètres de tulle revêtu de pâte phosphorée, des épingles de sûreté pour attacher le tulle « illusion » et une étoffe noire pour envelopper « la boule » que le compère va passer au médium.

Eh bien, M. de Vesme a-t-il eu l’idée de reconstituer une petite boule de ce genre ? A-t-il eu l’idée de rétablir les objets nécessaires à un truquage si mes essais sont mal conduits et s’il a trouvé mieux?

Qu’il essaye un peu, et il verra qu’avant de porter une accusation contre un homme qui expérimente depuis plus de quinze ans et qui a été contrôlé aux États-Unis par des chercheurs aussi méfiants que M. de Vesme, il faut bien peser toutes les circons¬tances d’un phénomène, même psychique.

Mais poursuivons notre étude :

On a passé la « petite boule d’un demi-mètre cube » à Miller. Il a fait ses tours d’escamotage et la séance va prendre fin. Betsy se montre entre les rideaux. Elle fait ses calembours et ses traits d’esprit, et elle rentre dans le cabinet. Elle n’a pas disparu depuis une demie-seconde que Miller tout habillé est dans la salle.

Rien de plus simple, nous dit M. de Vesme. Miller a placé devant lui le morceau de tulle qui simule Betsy et il sort en rentrant dans sa manche le tulle en question.

J’accepte cette hypothèse. Mais alors que devient ce tulle quand les commissaires déshabillent le médium ? Car il faut bien admettre que Miller n’a pas pu joindre ce morceau de tulle au paquet des 5 mètres et des tiges qu’il a par définition repassé à son compère à l’insu des « boules » des surveillants de ses faits et gestes.

Il n’est pas sérieux de dire : « Ces faits sont de la tromperie. Mon intelligence ne me permet pas d’expliquer la plupart d’entre eux, mais je suis persuadé que tous les assistants sont des naïfs, excepté moi. »

De plus, le doute doit profiter à l’accusé. Miller s’est fatigué beaucoup pour des sceptiques ou des ingrats. Mais il n’a jamais encore été pris en flagrant délit de tromperie. Jusque-là on doit le défendre ou on doit demander à ceux qui l’accusent de reproduire véritablement et expérimentalement ses séances.

A Nancy, un docteur de mes amis, placé contre le rideau, a tenu le bras de Miller endormi de l’autre côté du rideau pendant la sortie des matérialisations hors des rideaux.

Moi-même j’ai vu se dissoudre sur moi une apparition sans qu’elle m’ait laissé du tulle. J’en ai vu se former une autre contre mon genou gauche, à 10 centimètres de moi, et je garantis bien qu’il ne s’agis-sait pas de poupées.

Il est entendu que je suis un gros naïf, mais ma naïveté demande comme explications des faits et non des phrases.

Jusqu’à nouvel ordre, les objections de M. de Vesme me paraissent enfantines et j’attends mieux d’autres expérimentateurs.

PAPUS.

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